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| Un genre peut en cacher un autre (5/5) mélange de genres inégaux |
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| Dossier sur la BD |
4. Lorsqu'un genre prend le pas sur l'autre Nous avons constaté avec le dernier exemple tiré de Thorgal, que lorsque genre et univers se rencontrent, ce n'est pas toujours avec des chances égales : il arrive bien souvent que l'auteur situe dans un univers donné un récit d'un genre qui n'avait a priori pas grand chose à voir avec cet univers. Lors de cette rencontre, les codes de l'univers peuvent prendre le pas sur ceux du genre, ou l'inverse. {mosimage caption=1} Grand Vampire (Sfar, Delcourt, 2001-2005) présente par exemple un récit intimiste dans un cadre gothique. Le fait de décrire les péripéties amoureuses et sentimentales d'un Vampire sensible et doux permet d'éviter de situer le récit dans le genre romantico-sentimental et, de ce fait, de lui donner paradoxalement plus de réalisme et de profondeur dans les sujets qu'il traite. Mais le traitement graphique de Sfar évite aussi de trop raccrocher le récit au genre gothique, traditionnellement marqué d'un goût pour le décoratif qui aurait déservi cette histoire. {mosimage caption=1} Avec Kabuki (David Mack, Génération Comics, 1999-2004), David Mack se sert lui aussi de son identité graphique pour détromper le lecteur. Tous les éléments du comics mainstream contemporain sont pourtant présents dans l'histoire de celui ci : une tueuse asiatique et sexy, le stéréotype même des recettes de séries pour adolescents... Pourtant le traitement de l'action n'a rien à voir : après des débuts plus conventionnels, les épisodes égrainent le monologue intérieur d'un personnage border-line en quête de son identité, qui a bâti un lien pathologique avec le masque qu'elle porte et qui ne contrôle rien des événements qui s'abattent sur elle. Mack peut traiter certains passages avec un style proche de l'académisme du comics, pour brusquement abandonner la couleur, puis la retrouver sous un trait bien plus graphique et plastique, ajouter des collages épars ou mêler les codes du dessin d'enfant à des images aquarellées ultra-réalistes. L'histoire ultra-classique aurait pu faire l'objet d'une série poncifiante, mais l'auteur en fait le théâtre de ses talents graphiques et de sa culture. Car la série Kabuki ne serait pas ce qu'elle est sans la triple formation de son auteur rompu aux arts plastiques, au japonais et à la philosophie. {mosimage caption=1} Enfin, plus modestement, Le Tueur (Jacomon et Matz, Casterman, 1998-2003) trompe partiellement l'attente du lecteur en proposant en sus de l'intrigue d'action et de complots une couche d'humanité. Ce tueur là aussi ne peut pas s'empêcher de penser, particulièrement dans le premier tome. Tout au long de la série le masque froid et insensible qu'il s'était forgé se craquelle et tombe sous les assauts de son humanité. Ses théories énoncées de manière péremptoire s'écaillent, le lecteur sent bien qu'il ne faut pas prendre le discours du personnage comme une vérité. Le tueur n'est que la figure emblématique et caricaturale de l'individualisme contemporain, lorsqu'il défend sa vision égocentrique du monde, il ne convainc le lecteur que du peu de sens qu'elle peut donner à une vie. L'histoire aurait pu donner lieu à un simple récit de divertissement violent, mais les auteurs s'en servent comme prétexte à une caricature de l'homme occidental contemporain. ConclusionA travers ces exemples, nous avons voulu montrer de quelle manière les codes de genres qui nous sont devenus si familiers, peuvent être brassés et entremêlés pour servir le récit. Que ce soit pour faciliter sa compréhension, préserver un effet de surprise, trouver l'idée d'une histoire ou renouveler le genre... Que vous soyez simple lecteur ou que vous racontiez des histoires, nous espérons que cette brève analyse vous aidera à ne pas prendre les apparences pour argent comptant et à voir la richesse que recèlent les genres que des siècles de narration (théâtrale, littéraire, cinématographique et de bande dessinée), bien plus que les choix marketing, ont contribué à ciseler. Dossier conçu par Julien Falgas & Gautier Walliser ©2005 AtelierBD
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| Mise à jour le Jeudi, 28 Juillet 2005 11:54 |



