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Dans un texte et dans une image, l’imaginaire du lecteur ne joue pas sur les mêmes registres…


Regardez d’abord l’image ci-contre, vous voyez deux personnages qui, visiblement, ne s’apprécient pas trop…
Tout en regardant ces deux personnages, essayez d’analyser ce qui s’est passé dans votre tête quand vous avez “lu” cette image…

Très rapidement, j’imagine que vous avez commencé à imaginer l’état d’esprit qui les anime.

Je suis même sûr que vous “sentez” très bien une forme de brutalité agressive chez le personnage de gauche et une forme de colère méprisante de la part du second…
Vous ressentez la confrontation, la provocation… Peut-être vous êtes vous dit des choses sur leur condition sociale, vu les fringues, la coupe des cheveux, la forme des visage… Bref, votre imaginaire galope, ressent des choses, mais ce n’est pas fini, votre imaginaire continue son chemin dans les choses qui ne sont pas décrites aussi clairement… sur des questions du type : qui sont-ils l’un par rapport à l’autre?
Le premier est-il un gangster et le second majordome dans un grand Hôtel ? Ou alors le premier est-il un PDG qui a trop fêté tard dans la nuit et l’autre un patron de bar louche?

Là où votre imaginaire est plus contraint, c’est sur la tronche des deux protagonistes, leur taille respective, les habits qu’ils portent… la couleur (s’il y en avait)… (d’où le grand pouvoir d’extrapolation imaginative des dessins qui s’éloignent de la réalité).

Maintenant lisez ce texte :

“Robert a 28 ans. Debout devant sa glace, il constate une fois de plus qu’il perd ses cheveux…
Ce matin, Robert est nerveux, angoissé, il doit rencontrer son banquier qui vient de le menacer de le mettre en faillite. Albert MAUER, le chargé de clientèle de la banque a 10 ans de plus que lui, une tête carrée, de petits sourcils fins qui lui donnent un air sadique, et des pognes de catcheur dont la force terrorise toutes les personnes auxquelles il est amené à serrer la main. Lorsqu’ils se font face, dans le petit bureau d’Albert, les deux hommes se toisent… Robert est blême, Albert est furieux”.

Dans un texte, votre imaginaire se met en route à la moindre description physique, vous imaginez plus ou moins nettement la tête des protagonistes, (même si vous pouvez vous contenter d’une image mentale très floue, c’est très fréquent et cela ne vous empêche pas d’apprécier un roman par exemple…) Là où votre imaginaire est un peu plus contraint, c’est dans les sentiments écrits… “nerveux”, “colère”, “soucié”, “angoissé”, “déteste”, “toisent”… Tous ces mots sont assez nets, ils sont comme les détails vestimentaires de l’image, ils ne permettent pas vraiment à l’imaginaire de travailler beaucoup…

Si l’on devait illustrer ce texte, et faire en sorte que l’image ne tue pas l’imaginaire déjà engendré par le texte, il faudrait couper, dans le texte, la plupart des descriptions émotionnelles trop explicites (elles seront suggérées par l’image) tout en veillant, dans l’image, à ne pas trop donner d’information sur des éléments non utiles à la lisibilité… (pour préserver le maximum de champ à l’imaginaire).

Pour espérer faire le tour de cette question si vaste, plusieurs essais de 500 pages n’y suffiraient pas !
Nos quelques propos n’ont, comme d’habitude, pour seul objectif que de vous interpeller sur un problème ou de vous faire sentir la complexité de la narration visuelle…

Conseil réalisé par Joseph Béhé,
Pour l’Iconograf